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Dossier : Les magiciens nous mènent à la baguette Mardi 29 Octobre 2019

Dossier : Les magiciens nous mènent à la baguette

Quand on pense magie, on pense à un lapin qui sort d’un chapeau, à une femme coupée en deux ou à ces anneaux inséparables qui, inlassablement, se retrouvent séparés. On se souvient aussi de tours exécutés par des magiciens au look douteux, assistés par une dame dénudée sans aucune raison et promus par des affiches où le Comic Sans Ms est roi. Bref, ça ne casse pas trois pattes à un canard. Pourtant, à la première pièce miraculeusement sortie de notre oreille, on ne peut s’empêcher d’en redemander. Pourquoi tant de fascination pour un truc que l’on connait déjà ? Serions-nous un peu crétins ?

La magie telle que nous la concevons aujourd’hui est intimement liée à un homme : Jean-Eugène Robert Houdin. Et il a plus d’un tour dans son sac : horloger, scientifique, écrivain et inventeur de génie (c’est à lui qu’on doit les débuts de la domotique et le compteur kilométrique), il ouvre, en 1845 à Paris, son théâtre et y dévoile ses « Soirées fantastiques ». Là-bas, le public découvre des choses extraordinaires. Houdin a notamment été à l’origine de la célèbre « suspension éthéréenne », qui consistait à faire flotter son fils dans les airs grâce au « miracle de l’éther ». Lévitation, jeux de gobelets, anneaux, divination : la plupart des tours que nous connaissons aujourd’hui on été imaginés par Jean-Eugène. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le célèbre illusionniste Houdini a choisi un alias qui lui rend hommage : il a clairement inventé la magie moderne, et inspiré des générations de magiciens.

Le problème, c’est que 174 ans plus tard, on commence à en avoir soupé du tour des anneaux. « Il y a toujours eu chez les magiciens quelque chose de poussiéreux et ringard, parce qu’ils se sont attachés à une image qui était celle de l’âge d’or de la magie, détaille Éric Antoine, magicien-humoriste et directeur du Théâtre d’Aix. La ringardise est restée, même lorsque la magie a voulu se moderniser. Souvenez-vous de la mode de Matrix, tous les magiciens se sont mis à porter des vestes en cuir et des manteaux longs ! » Si même Matrix ne peut rien pour elle, la magie seraitelle condamnée à la désuétude ? « Ce qui est à la mode finira forcément par être ringard, puisque la mode est ancrée dans une temporalité, estime Eric Antoine. Ce qui est intemporel, c’est l’émotion magique. Donc pour ne pas être ringarde, la magie doit être intemporelle. » CQFD.

Les spectateurs attendent une surprise
alors que, par définition, une surprise
se doit d’être inattendue

Pour échapper à la malédiction des magiciens, Éric Antoine a opté pour la fusion des genres en mixant humour et magie et en inventant un personnage qu’il qualifie de « grand couillon ». « Si tu enlèves de sa superbe au magicien, il devient quelqu’un à qui tu peux t’attacher, avec qui tu peux partager quelque chose », dit-il. Il est vrai que les magiciens sont souvent irritants. Non contents de nous rouler dans la farine, ils ont l’audace de se foutre ouvertement de notre gueule. Ce sont eux qui ont le pouvoir : eux seuls savent comment le tour est réalisé, et ils en profitent pour se faire mousser. Sauf que, comme le dit très justement Éric Antoine, « les gens qui ont le pouvoir, ce sont ceux qu’on déteste, en réalité ». En résumé, la magie est ringarde et les magiciens arrogants. Alors pourquoi, nom d’une pipe, continuons-nous à aller les voir ?

C’est la question que s’est posée Joshua Jay, magicien et conférencier, alors qu’il s’apprêtait à faire étalage de ses connaissances face aux étudiants de la prestigieuse université du New Jersey. Il a donc décidé de mener une étude pour tenter de comprendre ce que pensait vraiment le public des magiciens. Pour ce faire, il a interrogé 526 personnes âgées de 18 à 80 ans et a découvert que l’effet de surprise était la composante fondamentale pour un tour réussi. Ainsi, les spectateurs attendent une surprise alors même que, par définition, une surprise se doit d’être inattendue. Une situation d’autant plus cocasse que, de nos jours, les magiciens sont face à un public biberonné aux écrans et à la réalité virtuelle. Un public qui a donc, a priori, déjà vu un paquet de trucs chelous.

 

Pour Raphaël Navarro, co-fondateur du mouvement artistique de la magie nouvelle, ce n’est pas nécessairement un problème : « Le fait que nous soyons dans une société où les possibilités d’accès à des mondes virtuels sont nombreuses rend la magie d’autant plus nécessaire. Quand on est face à une bascule du réel, qu’on en est le témoin, cela nous reconnecte, paradoxalement, à l’humain. Finalement, on a encore plus besoin de magie qu’avant, parce qu’on a besoin de se sentir attaché au monde et de voir qu’on est capable de le transformer. »

L’émotion réside dans
l’écriture de la magie

Aller voir un spectacle de magie, c’est décider en son âme et conscience de se délester de quelques deniers pour admirer quelqu’un qui a mis toute son intelligence et tout son talent au service d’un mensonge. Dans son étude, Joshua Jay le dit : le fait de ne pas comprendre comment les tours sont réalisés constitue à la fois un attrait et une gêne pour l’audience. Lorsque le spectacle commence, le public scrute la scène, observe chaque geste avec attention. Il en est certain : cette fois-ci, il percera à jour les secrets de ce foutu saltimbanque. Il sait pertinemment que tout ce cirque n’est qu’une illusion, qu’il est le témoin d’une tromperie monumentale. Mais, lorsque le magicien se met à s’envoler dans les airs ou à faire disparaitre des objets, aucune corde n’est visible, aucun trucage n’est perceptible. Le public renonce finalement à comprendre, se débarrasse de toute logique, de toute réalité. Il vit le moment présent, en dehors du temps. Et se retrouve, comme un gosse, bouche bée devant ce rêve éveillé.

Tout ça, c’est une histoire de perception, explique Raphaël Navarro : « D’un point de vue culturel, on a besoin de mettre des points d’accord entre nos perceptions, ce que comprend notre cerveau et notre culture. Le même phénomène, en fonction de notre culture, sera perçu d’une façon réelle ou d’une façon surréelle. Ça nous permet de nous connecter sociologiquement aux gens qui sont à côté de nous. »

C’est justement la question de la perception qui est au cœur du travail de Penn et Teller, un duo de magiciens américains qui joue sur le scepticisme et la subversion. Dans l’émission Fool Us, ils se servent du numéro appelé Slack of Hand pour montrer comment notre cerveau nous joue des tours, et en profitent pour déconstruire l’un des mythes fondateurs de la magie : le secret. Dans ce tour, que vous pouvez voir sur Youtube, on voit ainsi Teller s’approcher, allumer une cigarette, la jeter au sol et l’écraser, puis en allumer une seconde. Rien d’extraordinaire. Puis, Penn révèle la vérité : ce que nous pensions être une cigarette est en fait un bout de stylo, et le briquet, une petite lampe de poche. 

Pour avoir dévoilé les secrets de l’illusion, Penn et Teller se sont attirés les foudres de leurs confrères, certains allant même jusqu’aux menaces physiques. Pourtant, après avoir expliqué Slack of Hand, les magiciens nous invitent à revoir l’enchaînement étape par étape, et, sans surprise, la fascination reste intacte. Ils nous montrent que ce n’est pas le trucage qui fait la force d’un tour, même s’il ajoute incontestablement une touche spectaculaire. L’émotion réside dans l’écriture de la magie, sa mise en scène, sa force poétique et narrative.

Pour Éric Antoine, la notion de secret est de toute façon à questionner : « Le secret est une question dont la réponse est cachée, alors que le mystère est une question qui n’a pas de réponse : la vie , la mort, l’amour. Le mystère est intemporel, et se retrouve dans les arts majeurs, comme le théâtre, la peinture ou la musique. C’est dans la voie du mystère que doit se poursuivre, à mon sens, la quête du magicien ».

« C’est grâce aux idées des autres
que certains artistes atteignent
le génie »

C’est justement cette voie qu’explore la magie nouvelle. Ce mouvement, né il y a une quinzaine d’années propose une magie sans magicien. « Nous travaillons sur le fait d’utiliser le langage de la magie comme un langage d’art contemporain, nourri par toutes les pratiques de magie, y compris celles qui ne sont pas liées à l’illusion, détaille Raphaël Navarro. La magie nouvelle s’inscrit dans la lignée du nouveau cirque ou de la danse contemporaine. Nous nous appuyons sur des ressorts magiques classiques, comme les jeux de lévitation, d’illusion d’optique ou de transformation, mais aussi sur l’art numérique et les autres formes de création. »

Comble absolu : la magie nouvelle se pratique en open source ! L’avantage : le partage des connaissances, l’enrichissement de tous et donc, l’enrichissement de l’art. L’inconvénient ? « Quand tu retrouves tes idées dans leurs spectacles, ça fait mal au cul ! s’esclaffe Eric Antoine. C’est grâce aux idées des autres que certains artistes atteignent le génie. Prenez Molière, il a plagié des pans entiers du théâtre italien et espagnol, mais il en a fait une œuvre phénoménale. Picasso disait : « L’artiste copie, le génie vole ». Si Picasso ne s’était pas approprié les arts primitifs, il n’y aurait pas eu de Picasso. » Fonctionnant comme un lieu de recherche et d’expérimentation, la magie nouvelle n’a qu’une mission : insuffler un peu de poésie en ce bas-monde et inviter le public à se libérer du poids de la réalité pour se laisser pénétrer par la beauté, envahir par l’émotion. Alors après réflexion, rassurons-nous : notre crétinerie a encore de beaux jours devant elle.

 

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